L’édito de Clo

« de maintenir et de développer une agriculture locale, économiquement viable, socialement équitable et écologiquement soutenable, à faible impact environnemental, créatrice d’activité économique et d’emploi, de lien social et de dynamique territoriale »

Ceci est le premier objectif de la charte des AMAP. Prenons le temps de le décortiquer, car chaque mot a été choisi consciencieusement.

Maintenir et développer une agriculture locale

De nombreuses personnes et organisations ont déjà expliqué mille fois pourquoi il est nécessaire de relocaliser nos activités et notamment la production de nourriture. Mon objectif est de vendre tous mes légumes le plus localement possible. Je souhaite m’installer dans le sud de la Seine et Marne non seulement parce que j’y habite depuis toujours mais aussi parce que je sais que je pourrai vendre mes produits localement. L’installation ici est beaucoup plus difficile à cause de l’accès au foncier (il y a peu de terres disponibles et les terres disponibles sont très chères) mais je n’ai pas envie d’aller dans un coin reculé qui m’obligera à commercialiser loin et à avoir une logique de ferme fermée (ou autarcique si vous n’aimez pas les répétitions).

Économiquement viable

Une exploitation agricole est une entreprise qui a quelques particularités par rapport à des entreprises non agricoles. Mais elle a des charges, des prêts à rembourser, des amortissements, un chiffre d’affaires. Je pourrais prendre une liste de prix et essayer de manipuler mes charges, mes investissements, ma rémunération pour faire en sorte d’équilibrer le tout. Mais quelle liste de prix ? Qui doit fixer les prix de MES produits ? En fonction de quoi ? Le prix d’un produit est généralement fixé en fonction des charges de production. Hors les charges de production d’un légume sont différentes d’une ferme à l’autre. Pourquoi ? Parce que chaque ferme est unique : les investissements, les choix culturaux, les modes de financement, le potentiel de fertilité du sol, le climat, etc.

J’ai donc choisi de partir dans l’autre sens : calculer mes charges, fixer ma rémunération et diviser le tout par le nombre d’amapiens.

Socialement équitable

Bien sûr, si le prix doit être rémunérateur, il doit également être juste et autant que possible accessible à tout le monde. Pour cela, il y a plusieurs leviers :

Le premier, c’est la production. Pour que le prix de la part de récolte soit juste, je dois produire autant que possible et même plus.

Le deuxième levier c’est que l’AMAP propose des demis, voire des tiers ou des quarts de parts de récolte.

Le troisième, c’est de proposer des parts de récolte solidaires, c’est-à-dire partiellement financées par une autre personne que l’amapien-ne bénéficiaire. L’argent permettant de faire cela peut provenir de dons ou de subventions.

Enfin, il peut également être envisagé de fixer un prix en fonction du quotient familial de chaque famille.

Écologiquement soutenable, faible impact environnemental

  • agriculture biologique : je n’utiliserai aucun produit non conforme au cahier des charges AB.
  • maraîchage sur sol vivant : je chercherai le plus possible à prendre soin du sol : pas ou très peu de travail du sol, apport de matière organique en guise de protection mécanique et de nourriture du sol.
  • mécanisation : je réduirai autant que possible la mécanisation : peu de carburant, peu de charges et remplacement du tracteur par de la main d’œuvre et des techniques adaptées.

La charte des AMAP n’impose pas aux producteurs d’avoir une certification en agriculture biologique. Pour ma part, je trouve qu’il est important de réussir à produire en respectant la planète, en prenant soin du sol et des animaux, en optimisant les ressources à notre disposition. Plusieurs choix que j’ai faits ont été guidés par ces principes :

Créatrice d’activité économique et d’emploi

Les techniques de maraîchage sur sol vivant permettent de produire des légumes à la main tout en ayant une rentabilité intéressante. La problématique principale du maraîchage biologique est le désherbage. En effet, ne pas utiliser d’engrais ou de pesticides, nous savons le faire : on fait des rotations, on utilise des variétés adaptées à nos climats, aux époques de plantations et on s’en sort à peu près. Par contre pour le remplacement des herbicides, c’est plus compliqué. Les techniques de maraîchage les plus utilisées sont les suivantes :

  • manuel (on prend ses petites mains et on retire les adventices une par une).
  • manuel +outil (type binette) : on bine. Ca va un peu plus vite, mais ça prend quand même beaucoup de temps.
  • mécanisé :on prend un tracteur et on lui met un outil, une binette par exemple (c’est pas la même, attention)
  • désherbage thermique : avec ou sans faux semis (on prépare le sol comme si on allait faire un semis, on attend deux ou trois semaines et quand les adventices germent, on les brûle), au gaz, à la vapeur, etc.
  • occultation: c’est une des méthodes utilisées en maraîchage sur sol vivant. Il s’agit de poser une bâche tissée sur le sol et d’attendre au moins 6 mois. La bâche tissée est faite en plastique (pas très bien), elle a une durée de vie de 10 à 20 ans (améliore le point précédent), elle laisse passer l’air (bien pour la vie du sol), l’eau (bien pour la vie du sol) et un tout petit peu de lumière. Le tout petit peu de lumière permet de favoriser la germination des graines d’adventices situées dans les premiers centimètres du sol mais ensuite, elles n’ont pas assez de lumière pour faire la photosynthèse et meurent. L’avantage de ce procédé est que le désherbage est donc durable. Lorsqu’on enlève la bâche, on est tranquilles pour plusieurs mois. Cela permet donc de gagner beaucoup de temps, pendant que la bâche désherbe, on plante d’autres légumes, on prend soin des cultures, bref, on passe plus de temps à produire et moins à désherber. C’est donc plus rentable et permet de faire travailler plus de monde.

Créatrice de lien social et de dynamique territoriale

La vente directe en général est créatrice de lien, mais dans le cadre des AMAP, ce lien est encore plus fort à la fois entre producteurs et les amapiens grâce aux notions de soutien et d’engagement, mais aussi entre les amapiens puisque les distributions sont aussi un lieu de rencontres. Dans mon projet d’installation, l’ancrage territorial de mon exploitation est une question clé. En effet, il est important pour moi que la ferme soit en lien avec les habitants, les associations, les communes, etc. Si je souhaite que la ferme soit la plus autonome possible, je ne souhaite pas du tout qu’elle soit autarcique et repliée sur elle-même. J’espère qu’elle pourra être un lien entre le monde de l’agriculture et les gens qu’elle permet de nourrir.

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